Dépression normale par Claudy Lebreton
26 mar
Lors des élections du printemps 2012, j'affirmais que la situation financière de notre pays était plus grave encore qu'on ne l'imaginait. Avant l'été, j'ai pu écrire « désormais les difficultés commencent, il n'y aura pas d'état de grâce ! ».
A la rentrée de septembre, j'ai rappelé à de nombreuses reprises l'extrême gravité de la situation économique et sociale de la France, et même de l'Europe. Certains de mes camarades rétorquaient qu'il ne fallait pas sombrer dans un catastrophisme excessif.
Et pourtant, je n'ai jamais employé des mots comme « la France est en faillite » – c'est d'autant moins vrai dans un pays où l'épargne et l'assurance-vie mobilisent plus de 3 000 milliards d'euros, soit l'équivalent de trois années de prélèvements publics (Etat, collectivités, sécurité sociale), et nettement plus que le montant de notre dette publique (1800 milliards).
Dans un tel contexte de difficultés économiques et sociales, je ne suis pas surpris par l'impopularité qui touche le Président de la République et le gouvernement – à vrai dire, c'est le contraire qui m'aurait étonné ! Pour autant, je suis convaincu que cela ne sera pas durable. François Hollande a décidé d'inscrire son action dans le temps et la durée d'un mandat de cinq ans ; il a raison. Les défis à relever l'exigent. Des réformes structurelles ont été engagées (réforme de la fiscalité, pacte de compétitivité, réforme du marché du travail...) et nous savons pertinemment qu'il faut du temps pour qu'elles portent leurs fruits.
En effet, l'état dans lequel la gauche a trouvé le pays en mai dernier doit être rappelé : 1800 milliards de dette publique, un déficit commercial record (71 milliards en 2011 !), un million de chômeurs supplémentaires en cinq ans... Les Françaises et les Français sont impatients, et je les comprends. Mais il faudra du temps pour rétablir la situation.
François Hollande doit maintenir le cap, persévérer dans la voie qu'il a choisie et qui est celle de la recherche du compromis entre les partenaires sociaux. Cela réclame de la patience, de l'écoute réciproque et de la capacité à faire des concessions, ce qui est particulièrement difficile dans un pays, la France, qui n'a pas la culture de la négociation.
Dans cette bataille contre le chômage, la pauvreté et la précarité, le Président doit avoir à ses côtés un gouvernement uni, les partis de la majorité et les collectivités territoriales, sans lesquelles les réformes engagées ne peuvent être totalement opérantes.
Aujourd'hui, il nous faut assumer les réformes engagées. Lorsque une décision est prise, il ne doit plus exister d'état d'âme entre nous – ce qui demeure le « pêché originel » des socialistes. Comme je l'ai déjà exprimé, je pense qu'il manque un lieu de coordination politique regroupant le gouvernement, les groupes parlementaires et les partis de la majorité, ainsi que les grandes collectivités de gauche afin de mieux harmoniser nos positions, améliorer notre cohésion et solidariser l'équipe par « gros temps de houle » - les Bretons savent à quel point c'est nécessaire !
Le premier Secrétaire du PS, Harlem Désir, fait le « job ». Il faut encore l'amplifier et éviter de chercher des boucs émissaires ; l'action du Parti Socialiste doit mieux s'articuler autour de trois priorités : se battre partout, soutenir en tout lieu et proposer toujours.
Chacun l'aura compris, je suis parfaitement conscient des réalités, déterminé à agir, volontaire pour expliquer et prêt à participer à cette entreprise qui, j'en suis convaincu, nous conduira vers des jours meilleurs.
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